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Il était une fois...
Bristol, une histoire d’influence
On ne peut se permettre de parler de l’histoire de ce groupe sans évoquer leur ville natal : Bristol. Ville située à l’ouest de Londres et au nord du Pays de Galles, c’est un port de pêche et de commerce, ayant déporté des africains au Caraïbes. L’éclectisme de la ville (apporté par les communautés noires africaines, antillaises et asiatiques) apporte alors un fort rassemblement de diverses cultures et traditions qui évoluèrent ces deux derniers siècles au cours de leur “anglicisation”. Au début des années 80, le gouvernement Thatcher fait fermer plusieurs usines et manufactures grossissant ainsi le malaise social de la ville.
C’est dans ce contexte socio-économique que vont ce regrouper dans un quartier de la ville (Saint Paul) tous les amoureux de musique, dessin, poésie... Divers mouvements culturels se côtoient alors : punk, reggae, hip-hop et autres dérivés. Ce mélange assez spécial (reconnaissons-le) créera des soirées riches en évènements uniques dans leur genre. Ces soirées étaient composées de divers concepts. Des DJs faisaient leurs collages où les scratches flirtaient avec les danseurs de hip-hop sur des rythmes endiablés que des peintres et taggeurs s’empressaient d’immortaliser.
Parmi tous ces groupes aussi barrés les uns que les autres, une formation faisait régulièrement le tour du quartier et même de la ville. Mettant une ambiance de folie, beaucoup de gens se déplaçaient pour les voir à l’œuvre.
La “Horde Sauvage”

- Daddy G
C’est un vendeur de disques vinyles (Grant Marshall dit Daddy G), passionné par la culture venant des Caraïbes ainsi que par celle de la Jamaïque, et un DJ remixant (Nellee Hooper) tout ce qui lui passait par les oreilles qui formèrent le noyau d’un Sound System. Les deux compères partageaient une grande attirance pour le punk. Ce fût à ce moment-là qu’ils choisirent de créer “The Wild Bunch”, directement inspirée du film du même nom. Petit à petit, de par l’éclectisme de leur mouvement, différents personnages les rejoignirent :
Miles Johnson (dit Milo), responsable d’une grande partie des compositions.
Robert Del Naja (3D), d’origine italienne purgeant alors une peine d’intérêt général pour ses œuvres subversives ( !)
Horace Andy qui officie depuis les 70’s en tant que chanteur/compositeur reggae.
Shara Nelson et Adrian Thaws (dit Tricky Kid tout d’abord puis Tricky tout court) vinrent enfin apporter leurs pattes et leurs voix si subtiles parmi tant d’autres artistes.
Leur sons prirent vite de l’ampleur et les relations acquises grâce à Horace Andy (entre autres) les emmenèrent dans les Studio One. L’utilisation des sons d’artistes provenant de labels tel que Stax où bien Motown ajoutèrent une dimension supplémentaire à leurs DJ sets.
Connus puis reconnus jusqu’à Londres, ils n’arrêtent pas d’accueillir de nouveaux membres à leurs soirées. Punks, rastas et autres curieux se rassemblèrent de plus en plus nombreux au Dug Out, lieu où la Wild Bunch s’est installée pour officier. « On était fasciné pas le mélange entre punk et reggae que réussissait les Clash... » (Daddy G). Mais diverses conditions sont exigées pour entrer dans le Sound System : adresse aux platines, application du “Cut&Paste”, avoir une certaine originalité dans les DJ Sets , scratcher, danser le break ou le hip-hop... Bref montrer que l’on peut et veut s’investir dans le groupe !

- Mushroom
Pour l’anecdote, l’un des derniers membres à les avoir rejoint squattait dans le magasin de vinyles de Grant Marshall. Il passait tout son temps à écouter et remanier à la platine d’énormes quantités d’albums de hip-hop ; sans parler du fait qu’il harcelait le vendeur ! « Je volais toutes les nouveautés [...] Et Mushroom n’avait que 15 ans, mais il me réclamait déjà tous les disques de hip-hop ! » (Daddy G). Son habilité aux platines, sa technique ainsi que ses références (en quantité et en qualité) en matière de hip-hop firent vite de Andrew Vowles un membre des plus influents dans le groupe malgré son jeune âge de 15 ans. Il prit le pseudo de Mushroom en hommage aux champis qu’il faisait sécher dans sa chambre.
En 1988, fort de leur réputation, de leurs incursions dans les studios et du bruit qu’il générait, le groupe vit se présenter une occasion en or (plaqué) : une tournée au Japon ! Ils partirent vite en pensant que le monde tomberait sous leurs beats et leurs mixs ravageurs. Mais ce fût une toute autre histoire. L’organisation avait été bâclée. Les dates n’avaient pas été retenues voire confirmées, sans parler des déplacements (excessivement coûteux au pays du soleil levant). Qui plus est, le niveau de vie élevé sur place n’arrangea pas les choses. La mauvaise humeur ambiante et l’annulation de plus en plus de dates fût de trop pour Robert Del Naja qui rentra le premier en Angleterre.
L’expérience de cette “petite tournée” changea à tout jamais le groupe. Quelques morceaux furent travaillés, mais sans grande conviction de la part de certains membres, qui au final quittèrent le groupe. Ceux qui restaient, travaillaient avec d’autres Sound Systems. Nellee Hooper commença à travailler avec les futurs Soul II Soul, Shara Nelson débuta une carrière solo, alors que les trois derniers participaient à l’enregistrement de Raw Like Musi, premier album de Neneh Cherry... Ils finirent par remixer Mustt Musst de Fathi Ali Khan (Nusrat) pour son album occidental de qawwali (musique aux origines religieuses pakistanaises) sur le label de Peter Gabriel : Real World.
De petits mixs en visites sporadiques mais régulières aux studios, nos compères finirent par enregistrer Any Love, éventuel premier single d’un album tout aussi hypothétique ! La rencontre du mari de Neneh changera la donne.
