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Neil Young, une voix dans la nuit
Soyons sérieux, B-Side ne pouvait pas continuer à exister longtemps sans une story consacrée à Neil Young. Rarement artiste aura marqué à ce point la musique populaire de la deuxième moitié de XXe siècle. Gravant une œuvre jamais figée aux confins du folk, du rock, du blues et de la country, celui que l’on surnomme le Loner a toujours cherché à se trouver là où on ne l’attendait pas forcément, de là à parfois perdre ses fans les plus fidèles. Mais qu’importe Neil Young ne se vend pas et décide toujours de la direction à prendre. Seul lui pouvait chanter à la fin des 80’s alors que plus d’une gloire de sa génération devenaient les pâles copies d’elles-mêmes :
Story d’un rebelle solitaire...
Enfance, adolescence,... musique !
Pas facile de parler de l’enfance de Neil Young surtout que celui-ci comme à son habitude, n’est pas très bavard : « J’ai eu une assez bonne éducation. J’ai vraiment de bons souvenirs à propos de mes parents... Je repense à mon enfance et je me souviens avoir beaucoup bougé, d’école en école. » On sait tout de même que Neil est né le 12 novembre 1945, deuxième enfant d’un père, Scott Young, journaliste sportif (et aussi correspondant de guerre pour le Winnipeg Free Press à Londres pendant une période) et d’une mère, Edna Regland surnommée Rassy, qui animera un talk show intitulé « Twenty Questions ». On sait que le frêle enfant a failli être la victime, à l’automne 1951, d’une poliomyélite, touché par une épidémie qui ravageait le Canada à l’époque. Il en garda des séquelles puisque ses fameuses crises d’épilepsies durant l’époque du Buffalo Springfield viennent de là et que le côté gauche de son corps restera atteint d’une certaine raideur qui lui donne cette démarche si particulière. Notons tout de même les diverses aventures extra-conjugales du père Scott qui finirent, alors que Neil avait 13 ans, par provoquer le divorce du couple laissant Rassy seule avec la garde des enfants alors que Scott partait « voltiger » avec une collègue journaliste de douze ans sa cadette. Le frère de Neil, Bob, de trois ans son aîné décide de rejoindre son père et laisse Neil avec sa mère, ce qui, selon certains journalistes pseudo-psychanalistes s’étant intéressés au cas Neil Young, pourrait être la cause de son renfermement.
C’est en tout cas à cette époque que le rock’n’roll apparaît dans la vie du jeune adolescent. Neil est tout de suite fasciné par la figure d’Elvis Presley, le King, qu’il a vu lors d’une prestation au Ed Sullivan Show. Il obtient que son père, avec qui il a encore des contacts, lui achète un ukulélé qu’il va vite remplacer par une guitare acoustique bon marché. Il tente alors de reproduire avec elle, entre autres, le Blueberry Hill de Fats Domino. Neil est en effet un enfant renfermé, objet de mépris de ces jeunes camarades de collège qui n’hésitent pas à le frapper (ah, l’âge bête !) comme s’en souviendra l’artiste dans son morceau Don’t Be Denied : « The punches came fast and hard, lying on my back in the school yard ». Mais, arrivé au lycée, Neil, plus assuré, fréquente les soirées de l’école, occasions de rencontrer d’autres apprentis musiciens. Neil intègre même un premier groupe : The Jades, à la carrière très brève, en tant que guitariste rythmique. Le groupe se spécialise dans la reprise d’instrumentaux de groupes côtés de l’époque comme les Ventures ou les Fireballs. L’affaire explose vite donc, mais Neil ne lâche pas le domaine musical pour autant (heureusement pour nous !) et découvre en son jeune collègue de classe Ken Koblun, un nouveau partenaire de jeu. Les deux jeunes s’entraînent ensemble et on sait que c’est à cette occasion qui Neil compose un premier morceau instrumental, Image In Blue. À cette époque, se développe dans la ville de Winnipeg, où évolue pour le moment notre lycéen, toute une scène rock composée de jeunes musiciens. Les Naasts et Brats de l’époque se nomment les Galaxies ou les Strollers. Neil croit donc en sa bonne étoile et tente de persuader son père de lui payer un ampli. Celui-ci, complètement largué quant aux rêves de son fils, lui fait la réponse suivante : « La musique ne te mènera nulle part. Tu ferais mieux de rentrer à l’école agricole. C’est toujours ce que tu as voulu faire, non ? ». Dans le genre père attentif, on fait mieux ! C’est au départ pour contrer son mari que la mère de Neil, Rassy, va payer le fameux ampli à son fils, devenant ainsi sa plus grande fan et encourageant son nouveau groupe, les Squires, que Neil a monté avec son copain Koblun.

- Le premier disque de Young avec les Squires
Le groupe, repéré par la radio locale CQRC, enregistre même en septembre 1963 sur un petit label (V Records) un single comprenant deux instrumentaux The Sultan en face A et Aurora en... B-Side (désolé, ça sort tout seul). Neil Young, qui pense alors avoir fait le plus difficile pour percer, quitte définitivement l’école qui, il faut bien l’avouer, n’était pas son truc et investit dans la guitare de ses rêves : une Gretsch orange, la même que Hank Marvin, guitariste des Shadows et idole du jeune Young à l’époque.
Mais les Shadows vont vite être dépassés par les Beatles dans le cœur de Neil Young à partir de 1964 avec la fameuse « invasion britannique » qui a lieu en Amérique du Nord cette année-là. Le groupe de Lennon et McCartney influencera le futur Loner, qui, en découvrant l’album With The Beatles, se laisse pousser les cheveux et décide de se mettre au chant. Expérience d’abord malheureuse puisque, selon les témoignages, plusieurs personnes dans le public gueulaient aux Squires lors de leurs concerts de « retourner aux instrumentaux ». Mais Neil fait à la même époque la découverte des disques de Dylan dont la voix nasillarde le pousse à persévérer. Après avoir enregistré plusieurs titres à Winnipeg (dont beaucoup sont perdus mais dont il reste par exemple I Wonder qui deviendra Don’t Cry No Tears sur l’album Zuma en 1975), le groupe part pour Fort William (Ontario) avec un corbillard Buick baptisé par Neil « Mort ». Souhaitant faire leur trou dans la ville, les Squires décrochent deux engagements dans des bar-concerts, le Flamingo et le Forth Dimension. Les Squires reprennent alors des standards folk en les électrifiant à leur sauce. Cette musique fera une très forte impression sur un certain Stephen Stills, partageant avec The Compagny, son groupe venu de New York, l’affiche avec les Squires. Il déclarera plus tard : « Ils jouaient du folk-rock avant tout le monde, c’était très impressionnant ! ». Les membres de The Compagny et des Squires sympathisent alors et Stills et Young parlent même de fonder un jour un groupe ensemble. Stills, avant de repartir, laisse à Young son adresse à Greenwich Village, invitant Young à venir le voir lors d’un éventuel passage à New York. Les choses commencent alors à se dessiner comme vous pouvez le constater...
