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Renaud : Chanteur énervé et énervant
Pourquoi d’abord ?
Pourquoi une story Renaud sur un site comme B-Side Rock ? C’est vrai que bon, Renaud, c’est pas ce qu’il y a de plus rock’n’roll... Mais, comme on se plait souvent à le dire, le rock est parfois vecteur de contestation, de protestation. Et de ce coté-là, en France, il existe une culture de chanson contestataire très ancrée dans les mœurs populaires. Béranger, Aristide Bruant, Fréhel, Georges Brassens, Léo Ferré... Et puis Renaud est arrivé, perpétuant cette culture à la croisée des chemins avec la culture rock des années 60. Autant influencé par Dylan que par Brassens, Renaud a développé une plume bien personnelle, racontant des histoires, dénonçant des injustices, toujours en maniant la langue avec brio, humour, ironie et cynisme.
Aujourd’hui, Renaud est l’une des influences principales de la musique française, des chanteurs bobos aux rappeurs des cités. Mais aujourd’hui, Renaud a aussi bien changé. Ses textes ont perdu de leur mordant, on se sent un peu gêné : on a encore envie de l’aimer, mais on hésite... C’est plus comme avant, il manque un truc. Son art n’est plus ce qu’il était. C’est un fait. Mais lui ?
Voici donc l’occasion de revenir sur le parcours de ce personnage à vif, tendre et rebelle à la fois, qui a fait, et continue de faire le bonheur de plusieurs générations.
Le minot
C’est l’histoire d’un mec que vous connaissez sûrement mais que je vais quand même vous raconter. Renaud est né le dimanche 11 mai 1952. Comme il est un grand timide, Renaud n’est pas venu tout seul, mais avec David son frère jumeau, pour rejoindre une fratrie composée déjà de Nelly, Christine, et Thierry, et qui accueillera bientôt une petite Sophie. Dans un premier temps, la famille Séchan occupe deux pièces de l’appartement des parents d’Olivier, l’heureux papa qui est écrivain et enseignant. Il s’agit d’un immeuble de fonctionnaires de l’éducation nationale, dans le XIVe arrondissement, à la périphérie parisienne. Très vite, les revenus d’Olivier, loin d’être mirobolants, sont suffisants pour permettre à la « petite » famille d’aménager dans son propre appartement, tout en restant dans le quartier.

- Belle pêche (Renaud à droite)
- DR
Les enfants sont élevés dans l’amour de la culture, d’autant plus que la famille bénéficie d’une diversité enrichissante. Solange est une pure ch’ti, fille de mineur, elle-même ouvrière dans sa jeunesse. Olivier, originaire de Montpellier, est fils de pasteur, élevé dans une culture protestante, et d’amour des arts. Ce double héritage ouvrier et protestant, ch’timi et artistique marquera à jamais le caractère des six rejetons de cette famille nombreuse. Musicalement aussi, Renaud est élevé entre deux tendances. Sa mère écoute de la chanson populaire allant de Fréhel à Maurice Chevalier ou Edith Piaf alors que son père est amateur de musique classique et de chanson française, en particulier Brassens. Renaud se souviendra d’ailleurs longtemps de ce 25 cm du Gorille qu’il ne pouvait approcher, son père estimant ses enfants trop jeunes pour les textes coquins du moustachu. Un jour pourtant, du haut de ses 10 ans, il le subtilisa de la collection paternelle pour le faire signer par un visiteur croisé dans l’immeuble. Un grand moustachu qui fumait la pipe. Renaud tenait là son premier autographe.
Un jour, alors que Renaud et David ont 3 ans, un oncle chef-opérateur sur un plateau cinéma emmène même les jumeaux sur le tournage d’un moyen-métrage d’Albert Lamorisse : Le Ballon Rouge. Le réalisateur avait besoin d’enfants pour figurer dans son film et Edmond Séchan a immédiatement pensé à ses deux petits neveux. Tournée en noir et blanc, ce film raconte l’histoire de Pascal, un petit garçon qui trouve un ballon rouge (seule touche de couleur du film) qu’il emmène partout avec lui. Ses camarades jaloux lui crèvent son jouet. Des dizaines de ballons s’envolent alors des mains de dizaines d’autres enfants pour retrouver Pascal qui s’envole alors dans le ciel, soulevé par tous les ballons. « Je n’oublierai jamais cette matinée de printemps où nous avons passé trois heures sur un trottoir avec notre petit ballon qu’un type avec une perche nous arrachait des mains et qu’après on ne voulait plus lâcher. Il a fallu refaire la prise des dizaines de fois. Ce doit être mon plus vieux souvenir », se rappelle Renaud avec plaisir.
Au début des années 60, Olivier Séchan est embauché par les Éditions Hachette. Il redouble de travaille pour subvenir aux besoins de sa famille. Quand ses enfants se lèvent pour emprunter le long chemin de l’école (qui est pourtant juste à côté), ils le trouvent déjà attablé devant sa machine à écrire. Il enchaine les traductions de l’allemand et du néerlandais au français, écrit des romans pour enfants dans la bibliothèque rose. Renaud est impressionné et admire son père : « Je l’ai toujours vu écrire. Quand je partais à l’école et que je le voyais dans sa robe de chambre dans un rayon de soleil, devant sa machine à écrire, je me disais qu’il faisait le plus beau métier du monde. Pas de patron, pas d’horaires... »
Il coule une enfance peinarde et insouciante. Olivier veut que ses enfants aient la meilleure éducation possible. Il les encourage à lire, quitte à les forcer quand les résultats scolaires ne sont pas satisfaisants. Renaud est bon élève. Il apprend très vite à lire et à écrire et présente aussi rapidement des facilités pour l’écriture. Mais voilà, l’école, ce n’est pas vraiment le grand bonheur, et il s’en lasse. C’est chiant, il faut se lever tôt, apprendre des choses peu intéressantes et se colletiner des camarades pas toujours finauds et pis surtout faire de la gym ! Quelle horreur ! Et pourquoi pas le garde-à-vous pendant qu’on y est ? Renaud préfère de loin courir les rues avec sa bande de copains, « le Club des Ratapoilus », une petite bande de minos terreur de la cours de récré (spécialiste en racket de carambars, mistral gagnants et toutes sorte de friandises, ou autres joujoux à la mode), de véritables petits gavroches comme on en trouve sur les photos de Doisneau. La boule à zéro, et la morve au nez, on était pas beau mais on s’en foutait. (...) On avait dix ans, pis on ignorait qu’un jour on serait grand pis qu’on mourirait chante Renaud dans le Sirop De La Rue...

- DR
