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The Warlocks, héros manqués

Trop rock’n’roll pour être vrai ? Pas toujours. Quelque part, en Californie, une vingtaine de personnes se sont concertées, disputées, trahies, séparées... Il n’en reste plus que sept. Ils se fichent de tout et même d’eux-mêmes. Leur union est mince et leur musique est volumineuse, pleine, entière, clairvoyante dans les ténèbres.

Présentation

The Warlocks ont le charme indéniable de ceux qui ont arpenté les rues dégueulasses des plus grandes villes américaines, lorsqu’ils n’étaient pas cloîtrés entre quatre murs, en train d’écouter religieusement leurs poussiéreux vinyles dans l’amertume d’un avenir inexistant. Ils sont là, à nous regarder avec deux diamants noirs à la place des yeux. Certains portent des santiags défoncées. Bobby Hecksher s’habille de tissus exclusivement sombres. Lorsque les Warlocks tournent dans le monde, c’est dans leur monde, visage fermé et guichets ouverts. Avec plus rien à perdre, tête baissée. Ils ne la relèvent que sur scène, pour déployer leur puissance sonore pleine de grâce et de courage. Ceci est l’histoire d’un des groupes les plus fascinants de notre génération.

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De gauche a droite : Laura Grigsby (tambourin, orgue), Jason Anchondo (batterie), Robert Thomaso Mustachio (batterie), JC Rees (guitare), Jenny Fraser (bassiste), Corey Lee Granet (guitare) et Bobby Hecksher (chanteur et guitariste)

Les Warlocks ont à peine bénéficié d’un succès d’estime. Et leurs ventes ne représentent que moins de bénéfices, au grand désespoir de Bobby Hecksher, qui, à l’instar de certains groupes indépendants, ne considère pas le succès comme une maladie. Plus encore, il est conscient de son talent, et a toujours espéré pouvoir en triompher. Aujourd’hui, il se déclare néanmoins chanceux de faire partie de « ce grand cirque de monstres qui n’arrête pas de changer de forme » . Peu importe les changements de line-up (dix-neuf musiciens ont déjà eu leur rôle au sein des Warlocks), le groupe est pour lui sa « vraie famille ». Parce que la musique est tout ce qui compte, pour toujours. Sa musique, il l’a bâtît en tubes simplement grands ou en superbes aventures pop et psychédéliques pleines de crescendos, particulièrement palpables et paradoxalement intouchables en concert. Les critiques comparent les Warlocks à Spacemen 3, Jesus And Mary Chain, le Velvet ou encore Neu !. Les Cramps et David Bowie affirment aimer les Warlocks. Tandis que le groupe est ami avec Black Rebel Motorcycle Club, Brian Jonestown Massacre et dit adorer le Krautrock, il y a fort à parier qu’ils ne sont pas non plus indifférents à My Bloody Valentine et les Stone Roses. Pourtant, Bobby Hecksher, leader mystérieux, chanteur et guitariste, a plus qu’une poignée d’influences avec lui. Il possède l’émanation et le mystère d’un gourou assez doué pour jeter les sorts d’un son en fumée noirâtre.

L’histoire chaotique des Warlocks est faite de passion, de nombreux obstacles financiers et émotionnels, de déchirements, de déceptions et d’intoxications.

Errance, rencontres et fantasme

Bobby Hecksher naît en Floride dans des Marais de Tampa Bay. Sa mère est secrétaire dans les studios de radio de son grand-père, lequel diffuse du rock’n’roll depuis 1950 afin de révolutionner la Floride. Bobby passe beaucoup de temps à découvrir des disques historiques. Cependant, il se fait ses propres goûts et n’a de cesse d’écouter les Sex Pistols et les Misfits alors qu’il n’a que douze ans. Lorsqu’il a seize ans, sa famille déménage à Los Angeles. C’est là que Bobby verra sa carrière musicale prendre source. Très vite, il se tourne vers Sonic Youth, The Butthole Surfers, puis Joy Division, The Cure, Spectrum et Spacemen 3. Il fréquente d’ailleurs le leader de ces deux derniers groupe : Sonic Boom, qu’il rencontre en 1993 et pour qui il a énormément d’admiration. Il commence par jouer du violon, puis de la basse pour Beck (sur l’album Stereopathetic Soul Manure) avec lequel il partagera un appartement, puis apprend la guitare. Il collectionne des instruments en tout genre et va régulièrement passer ses soirées au club « Mad Hatter », en compagnie notamment de Timothy Leary, théoricien californien des acides en tout genres. Puis, il participe à la formation Brian Jonestown Massacre. Inutile de qualifier le genre de milieu dans lequel Bobby évolue. Entre temps, il trouve son premier travail : la conception graphique de jeux vidéos pour Dreamworks. Trois ans plus tard, il quitte la société pour faire des jobs tels que vendeur chez des disquaires, livreur de nourriture... « En attendant des jours meilleurs ». À l’âge de 19 ans, il prend sa passion en main et monte plusieurs groupes comme les Charles Brown Superstar et The Magic Pacer. Mais Bobby décidera un jour de rassembler sept personnes (dont lui-même) pour construire un « mur du son ».